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Elles étaient bonnes pour la casse. Et voici qu’avec un peu d’or, un décor, en un tour de main elles se retrouvent sous les feux de la rampe. Soignées, uniques, désirables. Avec Grain de beauté, la collection imaginée pour Pillivuyt par l’agence de design Les Sismo, les assiettes ou tasses à défaut de la manufacture française de porcelaine trouvent une seconde vie, intègrent même un circuit économique plus valorisant, celui de la pièce en série limitée. Ces pièces ont des qualités absolument identiques A  celle des produits conformes, souligne David Burnel, président de Pillivuyt. Mais les taches qui apparaissent parfois pendant l’émaillage les déclassent. Elles nuiraient à l’image d’une marque prônant l’excellence. Résultat, elles sont déclassées, cassées. Environ 15% de la production de la manufacture finit ainsi à terre, soit 225 tonnes par an. Des déchets coûteux à  produire et qui ne sont pratiquement pas recyclables. Une plaie, d’autant que l’entreprise elle-même est en rémission.

Les débris de porcelaine ou de céramique s’entassent. Pourtant, les propriétés des pièces “à défaut” sont les mêmes que celles des immaculées.

 

Durement touchée par la crise de 2008, Pillivuyt a vu son chiffre d’affaires fondre et a réduit le nombre de ses salariés. Il y a deux ans, elle décidait de parier sur le design. Grâce à  de nouvelles collections, des réductions de coûts et des départs à la retraite non remplacés, elle a retrouvé la rentabilité en 2016 et veut renforcer sa présence dans les circuits de distribution grand public. Si elle est leader sur le marché de l’hôtellerie/restauration et exporte 60% de sa production à l’étranger, son nom reste peu connu des Français. Pour y remédier, l’entreprise veut faire parler d’elle, se montrer sous un jour nouveau. La série limitée est de ces modes de communication par l’objet qui ont fait leurs preuves. A condition d’être cohérente avec la marque, le circuit de distribution et les consommateurs recherches. En mêlant soucis écologique, personnalisation et fait-main, la collection semble cocher toutes les cases.

Qu’est-ce que la perfection? En faisant de la tache originelle l’occasion d’une différenciation, le design change la valeur de l’objet. Une manière de prendre soin.

Comme déchets inertes, la porcelaine cuite n’est pas recyclable. Mise en miettes, elle peut combler des remblais ou même alimenter le bitume (cf. les rues en porcelaine de Colas à  Limoges) mais cet avenir est bien peu enviable pour une porcelaine destinée aux plus belles tables. Comment revaloriser une telle matière première ? Par un semis ? Ce vieux truc de céramiste et de porcelainier permettait, en semant un bleuet par-ci, un bouton de rose par-là , une étoile peut-être, de cacher les imperfections. « A défaut » ou non, toutes les assiettes se retrouvaient au même rayon. Une manière de tricherie qui ne serait pas à la hauteur de la vénérable dame qui fête ses 200 ans l’année prochaine. Montrer plutôt que cacher ? En 2012, l’agence CoDesign de Hong-Kong et l’alliance de designers 3X avaient lancé I’mperfect (je suis un parfait) une série de mug où le défaut est mis en avant par deux graphismes : au centre d’un cercle comme dessiné à la main et siglé I’mperfect, ou comme cochant la case Perfect d’un mini questionnaire où reste vide le carré I’mperfect. De l’humour pour une marque de fabrique relevant la différence et l’unicité de la pièce. Le packaging, de son côté, souligne : « same quality, same fonction » pour vanter une démarche écoresponsable sur une boîte en carton des plus sobres. Entre le trop de maquillage et le sans fard, les Sismo ont privilège une voie médiane, en adéquation avec les valeurs de la marque Pillivuyt :  la « tache avantageuse ».

Marie-Anne-Victoire de Bavière (dauphine de France ; 1660-1690) arbore pas moins de cinq mouches dans cette estampe (ici recadrée) gardée à la Bibliothèque nationale de France.

 

Une tache avantageuse ? La périphrase, imaginée par les Précieuses, désignait au XVIIe siècle ce petit morceau de taffetas ou de velours à poser sur le visage. Une mouche. Qui servit d’abord à masquer les boutons, les traces de la variole (alors appelée petite vérole pendant les épidémies du XVIIe siècle) ou autres cicatrices et s’employait par poignée. Mais l’artifice révélait aussi, comme le grain de beauté, un teint de porcelaine. Un artifice utilisé de longue date – plutôt sous forme de tatouage -, par les Perses et les Arabes. Née d’une idée de soin, la mouche devient au XVIIIe un signe de singularité et de promotion de soi-même. Avec son langage, ses secrets. Comme un tatouage pour dire l’essence de celui qui la porte, la révéler. La mouche apparaît en effet derrière le nom de la collection Grain de beauté, mais aussi dans son graphisme. Trois thèmes ont été dessinés : la trace dorée, en pointillés, du trajet aléatoire de l’insecte ; des cercles concentriques, parfois brisés, comme l’onde de la chute d’un caillou dans l’eau et enfin, la silhouette d’une pivoine dessinée à la va-vite. A chaque fois, un décor est positionné sur la tache de la tasse, de l’assiette ou du mug.

« L’idée de soin, de valoriser l’objet irrégulier vient aussi du kintsugi, cet art japonais de la réparation à  l’or, raconte Antoine Fenoglio, co-créateur de l’agence des Sismo, nous l’avons découvert grâce à  un autre de nos autre clients, Iwachu. L’imperfection est l’essence de la beauté au Japon, une vraie philosophie, parfois difficile à aborder pour des occidentaux. Nous avons pris en compte ces préceptes. »

 

Le certificat d’authenticité raconte l’histoire de la pièce, revendique son unicité et met en avant l’artisan.

L’accident est l’occasion d’une réflexion sur l’objet. L’attention qu’il réclame, le soin qui lui est apporté permet de changer le regard sur son essence. De la tache, parce qu’elle est soignée, naît une histoire. Chaque pièce, numérotée, est vendue avec un certificat portant la mention : « Pillivuyt a sauvé et magnifié pour vous cette pièce pour la rendre unique. Nous pensons que toute irrégularité reste beauté à part entière. » Le document est signé par l’une des trois décoratrices qui a posé le décor. Des salariées formées pour l’occasion et qui ont ainsi changé de statut. De simple faiseurs, elles sont devenues artisans, signale David Burnel. L’attention à l’objet a développé de nouveaux savoir-faire. L’assiette non-conforme et valorisée a déclenché une chaîne de soin du salarié à  la marque. Cette dernière s’avance aux marches des musées. C’est le 107, la boutique des Arts décoratifs qui l’accueille en exclusivité. Arteum, le gestionnaire, veille à  l’adéquation de la boutique avec le musée (dans les collections, nous avons trouvé un plat Pillivuyt datant de 1879 et représentant une lutte entre deux samouraïs), privilégie le « made in France », les pièces rares et les signatures d’artistes ou de designers. Par soucis de marketing ce sont donc 107 pièces uniques qui ont été produites pour l’occasion. Des assiettes, des tasses, des sous-tasses et des mugs, dorés à  l’or fin, grand feu (donc passant au four et au lave-vaisselle) vendus 30% plus chers que les autres pièces nées parfaites.     Soizic Briand

 

Cet article a été initialement publié sur le site Admirable Design.

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Pour Antoine Fenoglio et Frédéric Lecourt, des Sismo : « Le verre est aux arts de la table ce que la chaise est au mobilier ; comment inventer un nouveau dessin quand il en existe déjà tant ? » Ils ne s’en sont pas moins lancés dans une réflexion suivie d’une collection autour d’un verre œnologique  pour Chef & Sommelier, à la recherche du juste dessin, du plaisir de la prise en main et du porter à la bouche, tous ces détails qui « concourent au plaisir de la dégustation au même titre que sa forme permet au breuvage de s’épanouir ».
Histoire aussi de se frotter au Krysta, un cristallin plus solide, utilisé pour des verres qui équiperont les hôtels, bars et restaurants. Leur réponse? « Un verre technique indulgent avec le vin », la collection Macaron qui a pour ambition de flatter les cinq sens. Ligne surprenante et sonorité du cristal pour la forme et solidité tolérant les manipulations intensives pour le fond. Le premier verre Macaron (40 cl) accueille l’exacte quantité © de liquide que doit servir le sommelier grâce à sa jauge de 12,5 cl.
Catherine Deydier,
Article initialement publié sur Le Figaro Magazine

 

Tous les mercredis, à 19 heures, c’est le branle-bas de combat dans la salle de réunion de l’agence de design, les Sismo. Dans un joyeux tumulte, les salariés poussent tables et chaises pour transformer le local en studio de danse. Pendant une heure et demie, sous la houlette d’Emilie Regen – une professionnelle formée à la Martha Graham School de New York -, les corps vont valser, et les esprits s’évader. « Ces séances laissent une grande place à l’improvisation. C’est un moment de détente pendant lequel on peut déconnecter du travail et se lâcher », explique Marialya Bestougeff, responsable du pôle Share chez les Sismo. « L’agence a beaucoup grandi ces dernières années. Cette parenthèse constitue, pour les nouveaux collaborateurs, un excellent moyen de s’intégrer », précise la jeune femme d’origine brésilienne, qui relève le rapport quelque peu complexe qu’entretiennent les Français avec leur corps… Alors, marcher pieds nus entre collègues, agiter le bassin ou toucher un partenaire ne coule pas vraiment de source ! Il y a forcément des résistances et des crispations.

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Se déhancher et s’apaiser. Laure Nouraout, co-fondatrice de la Fabrique de la Danse, le confirme : « Il faut y aller très progressivement, l’idée étant de mettre les participants – surtout les plus timides – en condition pour qu’ils se sentent à l’aise. » L’an dernier, son école, destinée aux professionnels de la chorégraphie, a lancé une offre pour les entreprises qui a déjà séduit plusieurs sociétés telles que GE Healthcare. Loin du regard de leurs troupes, des top managers apprennent à se déhancher au rythme de la musique. Un entraînement qui les aide à prendre la parole en public. « 80% d’un message passe par le non-verbal, indique Laure Nouraout. Lors de ces séances, les dirigeants prennent conscience de leur ancrage dans le sol, de leur respiration et de leur positionnement dans l’espace. »

L’école propose également des séminaires de groupe afin de développer l’esprit d’équipe. Des cadres y élaborent une chorégraphie sur une musique de Craig Armstrong, de Mica Levi ou de Nicolas Jaar. On les invite à se faire confiance mutuellement et – une fois n’est pas coutume -, à écouter leur intuition, voire à faire preuve d’un peu de folie. Chez les Sismo aussi, on travaille à une chorégraphie, pour célébrer les 20 ans de l’agence. De quoi stimuler la créativité de ces designers et fédérer les équipes autour d’un projet peu commun et festif…

 

Vaincre la peur du ridicule. Même les écoles de management s’y mettent, à l’instar de l’IAE Aix-Marseille. Le cursus du MBA inclut trois séances de danse de trois heures et la participation à un spectacle au Pavillon noir, le centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence, dirigé par Angelin Preljocaj. L’objectif : sortir les étudiants de leur zone de confort et les aider à vaincre la peur du ridicule.

Six mois après le lancement du Sismo Design Ballet (cf. Df 1004), l’agence fait le point sur cette initiative de danse en entreprise. Lors d’une conférence au 104 à Paris la semaine dernière, Antoine Fenoglio et Frédéric Lecourt, les deux fondateurs, ont expliqué comment la prise en compte du corps influençait le processus de création. Dans les domaines les plus inattendus. « Pour Pôle emploi, nous avons réfléchi sur la notion d’être convié plutôt que d’être convoqué, raconte Antoine Fenoglio. Mais au lieu de travailler assis autour d’une table, nous avons mimé la situation : j’arrive, je sonne, on m’ouvre. Et là, tout de suite le directeur technique de Pôle emploi est intervenu : « Pas possible, il y a des portes automatiques. Danser ou mimer permet de comprendre les problématiques, de libérer les réflexes inhibés par la réflexion théorique. » Gros sujet chez Pôle emploi : la sécurité, qui se traduit par une distance établie entre le conseiller et le demandeur d’emploi avec des tables larges. « Les bureaux sont dimensionnés pour éviter de prendre une claque, explique Frédéric Lecourt. Or, plus on crée de distance, plus on parle fort et plus on risque de s’énerver. » L’agence a donc imaginé de nouveaux déplacements dans l’espace, avec un siège à roulettes pour les conseillers, un écran d’ordinateur qui pivote quand la conversation s’adoucit. « On chorégraphie des mouvements à travers les objets, précise Frédéric Lecourt. Le sujet danse est un alibi pour emmener vers des discussions plus intimes. » Tous les mercredis soirs, une danseuse, Émilie Regen, intervient dans l’agence pour des exercices sur la respiration, les mouvements et le toucher où les clients sont conviés. Application pratique lors de la conférence du 104, elle a proposé aux participants de se lever, s’étirer, se retourner, regarder leurs voisins. Vérification faite : c’est vrai que l’esprit est plus attentif lorsque le corps se sent libre.

 

Article initialement publié dans le Design fax 1028 du 06 juin 2017

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A gauche, un danseur du 104. A droite, nos clients invités à la conférence.

 

Think

C’est à l’occasion de l’exposition « Invention/Design – Regards croisés » au Musée des arts et métiers*, dont il était le commissaire, que nous avons rencontré Antoine Fenoglio. Co-fondateur avec Frédéric Lecourt, il y a une vingtaine d’années, du studio de design Les Sismo, il considère que cette discipline est à un tournant de son histoire. Issu de la révolution industrielle, puis longtemps cantonné à une intervention sur « la peau des objets », le design prend maintenant une part majeure dans l’innovation et la transformation de nos sociétés. Si les méthodologies ne sont pas les mêmes, on retrouve entre l’inventeur d’hier et le designer d’aujourd’hui un même état d’esprit qui repose sur les quatre notions autour desquelles l’exposition était construite : l’essentiel, le contexte, la curiosité et l’audace.

 

INVENTION ET DESIGN : LE CAS DE L’AUTOCUISEUR

Pour faire le pont entre les grandes inventions d’hier et le travail du designer aujourd’hui, Antoine Fenoglio commence par nous parler cocotte-minute. Il explique ainsi qu’il ne s’agit pas de réinventer à chaque fois l’eau tiède… mais d’adapter le meilleur des inventions aux évolutions du monde. En l’occurrence à nos cuisines. Le digesteur de Papin, inventé à la fin du XVIIIe siècle, comportait ainsi déjà tous les éléments-clés de l’autocuiseur : une cuve, des poignées, un système de verrouillage et une soupape. En trois siècles, les designers vont intervenir sur la taille, les matériaux, les couleurs et éventuellement les usages. Des évolutions que l’on retrouve par exemple chez Seb depuis le fameux autocuiseur « Terre de feu » aux poignées et soupape de couleur jusqu’au plus récent modèle connecté. Quant à l’autocuiseur de demain, si l’objet ne sera forcément pas très différent, il sera peut-être partagé. Ce qui est l’objectif du collectif de designers Meteor Collectif, à l’origine d’autocollants à mettre sur les boîtes aux lettres qui indiquent à vos voisins ce qu’ils peuvent emprunter chez vous. Quoi qu’il en soit, il aura toujours une soupape…

 

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Lit LeafBed / Studio NOOC – 2011 / Centre national des arts plastiques

 

1. L’ESSENTIEL

La notion d’essentiel peut renvoyer dans le design à la simplicité fonctionnelle ou formelle. À la recherche de l’épure en somme. Antoine Fenoglio le résume avec une jolie formule : « Il s’agit de dessiner avec une gomme. » Et aller droit au but, c’est parfois remettre à plat le cahier des charges d’un produit. D’un lit d’urgence par exemple avec l’objectif de garder son usage mais d’en effacer les défauts comme son poids, la nécessité de le laver et ses coûts de fabrication. Un pari brillamment relevé avec le lit pliable en carton recyclé du studio NOCC.

 

2. LE CONTEXTE

Contrairement à l’artiste qui peut se permettre de ne répondre qu’à sa nécessité de créer, le designer doit prendre en compte le contexte social, économique, technologique ou environnemental. C’est d’autant plus vrai que son périmètre d’intervention s’élargit avec le temps. Ce qui l’amène d’ailleurs souvent à faire appel à d’autres disciplines, de l’ethnographie aux mathématiques. Antoine Fenoglio, patron d’une agence de design, va plus loin : « Il ne me viendrait plus à l’idée aujourd’hui d’embaucher un designer qui ne serait que designer.» Pour illustrer cette notion, il prend l’exemple de la citerne « Hippo Water Roller » [voire diaporama en bas de page]. En forme de brouette, elle permet de déplacer plus facilement jusqu’à 90 litres d’eau. Une qualité de taille quand on sait que dans les zones rurales des pays du Sud sans eau courante, ce sont souvent les femmes et les enfants qui sont chargés d’aller chercher l’eau. De plus, sa fabrication par rotomoulage (sans colle ni soudure) réduit les coûts de fabrication.

 

3. LA CURIOSITÉ

Pour Antoine Fenoglio, la curiosité est une « attitude ». C’est ce qui rend les inventeurs et les designers disponibles et ouverts à l’opportunité. En la matière, la curiosité consistant souvent à aller chercher des solutions dans des univers différents, comme Clément Ader lorsqu’il inventa l’avion en s’inspirant de ce que la nature avait déjà très bien réalisé avec la chauve-souris dite roussette des Indes… Mais les liens peuvent être encore moins évidents a priori. À l’exemple de la ligne de vêtements du créateur nippon « 132 5. Issey Miyake » [cf. diaporama], réalisée avec le studio Reality Lab et directement inspirée des travaux du mathématicien Jun Mitani. Celui-ci a développé un logiciel destiné à créer des objets tridimensionnels à partir d’une feuille de papier pliée ; un principe que les designers du projet ont adapté pour créer des patrons se transformant à leur tour en vêtements.

Enfin, Antoine Fenoglio nous cite le cas de la Polyfloss Factory [cf. diaporama] : une machine à recycler les déchets de polypropylène inspirée des machines à barbe à papa ! La laine de plastique qui en est extraite peut être utilisée brute comme isolant ou rembourrage, filée pour réaliser des textiles ou encore fondue pour créer des objets du quotidien (voir le chapeau). Un projet qui est par ailleurs, d’après le commissaire d’exposition, représentatif à plus d’un titre du design thinking — une méthodologie contemporaine d’innovation par le design :

1/ Le premier prototype a été fabriqué très vite.
2/ Les suivants ont été réalisés par itération en amélioration continue. À tel point que le modèle final n’a même jamais été dessiné !
3/ Ses créateurs, sans idée préconçue sur la finalité du projet, ont fait confiance aux gens pour trouver à leur tour comment utiliser cette laine de plastique.
4/ Enfin, ils n’ont pas cherché à le faire industrialiser. Les plans sont disponibles en open source, leur modèle économique tournant autour du service.

 

4. L’AUDACE

« Si l’on demande à un designer de dessiner un pont, l’audacieux s’interrogera sur la meilleure façon de traverser la rivière » nous dit Antoine Fenoglio pour illustrer cette dernière notion. Mieux : l’audacieux est celui qui croit en une idée même si elle va à l’encontre des solutions existantes. Un convaincu. Quelqu’un capable d’entraîner toute une équipe derrière lui. Ainsi, lorsque César Harada décide, après l’accident nucléaire de Fukushima, de créer un drone marin pour dépolluer les océans [cf. diaporama], on est loin du design à la papa. D’ailleurs, la réalisation n’est même pas esthétique ! Mais ses objectifs le sont pour deux : Protei est un drone marin en forme de mini-voilier qui se déplace à la force du vent et des vagues. Sa coque est composée de plusieurs éléments articulés qui épousent la forme des vagues. Et c’est la queue accrochée à l’appareil qui capture le pétrole répandu dans l’eau. Ce drone, dont les plans sont disponibles en open source ou que l’on peut acheter en kit, peut également être équipé de capteurs pour mesurer la pollution comme la radioactivité. Dernière exemple maison : le projet « Vanité high-tech » de l’agence Sismo avec le crâne en 3D d’Antoine Fenoglio en personne ! Un travail sur l’imprimante 3D qui rend tangible ce qu’on peut aujourd’hui capter avec le numérique : en l’occurrence sa propre tête. Un clin d’œil aux vanités classiques : ces natures mortes nées au XVIIe siècle qui interrogent le sens de la vie et rappellent son caractère éphémère. Alors, autant s’amuser tant qu’on peut…

 

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Vanités high-tech, Sismo 2010

 

Gwenaëlle Mendez

L’article a été publié par l’INPI

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Les designers Frédéric Lecourt (à gauche) et Antoine Fenoglio, fondateurs de l’agence Sismo.

À l’issue de cette sensibilisation au design thinking, Accor a sollicité à nouveau l’agence Sismo. Sa mission : plancher sur l’expérimentation de nouveaux concepts pour la marque Ibis. Car le succès d’Airbnb remet en cause la pertinence de l’offre dans le secteur de l’hôtellerie économique. « Il faut bousculer les certitudes », souligne Frédéric Lecourt, et repenser le court séjour en ville. En particulier pour les millenials, cette génération née entre 1980 et 2000, avec internet, la crise et l’émergence de l’économie collaborative.

 

Effectuer des tâches ménagères pour diminuer le prix de la nuitée

Trois scénarios ont ainsi été testés dans deux Ibis. À Lille (Nord), les clients ont été conviés à participer à la vie de l’hôtel afin de faire baisser le coût de leur nuitée. Ils ont effectué quelques tâches ménagères, comme faire leur lit, passer l’aspirateur, préparer des repas… À Paris Bastille (XIIe), le hall de l’Ibis a été transformé en espace de co-working. Quant à la troisième expérience, elle a permis d’ouvrir l’hôtel, durant une semaine, à un cordonnier, un épicier bio, un coiffeur.

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Bibliothèque d’objets de décoration pour le projet Stories, dans l’espace d’accueil de l’Aparthotel Adagio Paris Bercy Village.

« Nos observations ont montré que le client s’ennuyait dans un hôtel, explique Frédéric Lecourt. Résultat : il regarde son smartphone, seul dans le bar, le restaurant, le hall. » De là à lui faire faire un brin de ménage, il fallait oser. Sauf qu’à l’Ibis de Lille, le lave-linge a été conservé une fois l’expérience terminée. « Un couple de retraités a même investi les cuisines le temps d’un dîner ouvert à tous », raconte Frédéric Lecourt. Si bien qu’une charte de déploiement des concepts a été mise au point par les Sismo et dix hôtels pilotes de l’enseigne Ibis sont actuellement recensés en Europe, dont un à Paris.

 

« Empêcher le coup de blues des clients loin de chez eux »

La méthode du design thinking a fait d’autres adeptes. Les résidences hôtelières Aparthotels Adagio et Sismo ont lancé Stories, un projet pilote éphémère, ciblé sur les espaces d’accueil. Stories a été déployé du 1er au 10 octobre derniers, dans l’Aparthotel Adagio Paris Bercy Village, à Paris (XIIe). « L’objectif était de cibler les longs séjours et d’empêcher le coup de blues de ces clients, surtout le week-end », détaille Frédéric Lecourt.

Le parti pris a été notamment de créer du lien social entre les clients et les riverains. Mais pas uniquement… « En fouillant dans les poubelles, se souvient le designer, on s’est aperçu que certains refaisaient la déco de leur chambre. » Adagio a alors mis à disposition des résidents en long séjour une bibliothèque d’objets de décoration, pour qu’ils puissent agrémenter leur chambre à leur goût. A l’ère du tout numérique, on cherche à ré-enchanter l’expérience client.

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Espace de coworking dans le hall de l’Ibis Paris Bastille

Anne Eveillard

L’article a été publié par L’Hôtellerie Restauration.

En oenologie, la forme du verre joue un rôle dans la dégustation du vin, les arômes se répartissant de manière différente selon qu’elle est arrondie, évasée ou bombée.

Réalisé par le studio de design les Sismo, le dernier modèle de la maison Chef&Sommelier est un verre innovant formé par deux globes qui évoquent des macarons superposés. Le premier est censé accueillir l’exacte quantité de vin que doit servir le sommelier (12cl) le second permet au vin de s’ouvrir sans que les arômes ne s’échappent.

« C’est un verre technique indulgent avec le vin », estime Laurent Vermeglio chez les Sismo. Avec les vins jeunes en particulier dont il favorise l’épanouissement. La collection logiquement baptisée  Macaron, s’étend aussi au verre à champagne, qui n’est ni vraiment une flûte ni tout à fait une coupe.

F. Kh.

Extrait du Magazine M le Monde paru le 18/02/2017

Article de F. Kh pour le magazine M le monde publié le 18/02/2017