Préface à l’innovation*

Publié par - 20 juin 2014
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Dans tous les projets où le verbe « innover » apparait, il est assez classique de voir à quel point cela est un révélateur pour l’entreprise et ses collaborateurs. On demande à chacun d’innover, de se préparer à retrouver par delà son quotidien des raisons de réinventer un produit, un service, une esthétique, une manière de fonctionner, de vendre, de s’organiser…. Dépasser vos limites! Très beau mot d’ordre. 
Encore faut-il savoir où se trouvent ces limites. Cette délimitation dans laquelle l’entreprise s’est construite, développée, et hors de laquelle elle n’a pas assez de repères ou trop peu de certitudes.

 

La logique voudrait déjà de bien connaitre où sont ces (ses?) limites, pour mieux les dépasser voir les transgresser. On fait appel à des analystes, on scrute à la loupe ou à la jumelle les contours de « l’ ADN » de l’entreprise, on pose des bornes. On se rassure, on se dit que ses limites définissent précisément le périmètre de sa légitimité; la légitimité de l’entreprise dans son marché, dans sa géographie, dans son organisation, dans ses relations avec ses clients, dans ses savoir-faire…

 

Et pourtant, si l’on veut vraiment innover sans galvauder ce terme, commencer par définir ses limites, c’est prendre le problème totalement à l’envers. Ce n’est en effet qu’en se confrontant à la transgression que les limites apparaissent. Cela paraît invraisemblable, mais sans transgression, pas de limite! Ne jamais transgresser est un gage de ne jamais savoir où sont ses propres limites et donc de ne jamais les dépasser. Il faut tenter, taquiner les points de rupture, culturels ou techniques, les frottements de l’organisation ou la bizarrerie de nouveaux usages. Cela est déstabilisant, car inciter ses collaborateurs à faire des propositions par delà une zone de confort que l’on ne sait même pas identifier clairement, bonjour l’angoisse.

 

Le designer est dans ce contexte une aide précieuse. Il permet de transgresser sans mettre le feu (il n’est pas Georges Bataille !*), il évite de mettre en risque avec trop d’intensité, sans pour autant faire l’économie du dépassement. Par sa capacité à rendre tangible rapidement, à prototyper, à projeter, le designer s’aventure dans cet inconnu -c’est même son métier-, transgresse en douceur et rend lisibles les limites de l’entreprise, et donc son potentiel d’innovation. Notre rôle de designers innovants est bien celui là : tenter pour éprouver, rendre tangible pour rendre visible, aider à sortir de l‘ombre des fantasmes et à redéfinir les contours de ce qui est possible, pour avoir les moyens de laisser les limites derrière soi, et d’agrandir son champs d’exploration.

 

Autant d’éléments d’exploration, d’enrichissement de cahier des charges, de progrès, qui permettent de prendre conscience des limites de l’entreprises… une fois qu’elles sont franchies!

Publié par - 20 juin 2014
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