Explorateurs: mais qu’attend le design?

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Publié par - 20 mai 2016
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Explorateurs, nous l’avons toujours été et le design nous a porté dans de nombreux univers de l’innovation industrielle (conception du centre d’innovation de St gobain), des nouveaux usages quotidien (contenants empilables pour Lesieur ou développement d’expériences numériques pour la Poste),  autant qu’aux frontières de l’art (Vanité High Tech et son développement avec l’artiste Mathieu Mercier) et à la création d’expositions grand public (actuellement Invention/Design, regards croisés au Musée des Arts&Metiers).

 

Cette diversité nous permet d’explorer sans relâche de nouveaux domaines, ce qui est à la fois une passion et un risque, mais  qui  se révèle aussi un atout pour mieux comprendre les mouvements d’une société dans son ensemble.

Affirmer que nous avons toujours trouvé que le design français était un univers de création de « bas voltage », pour reprendre une expression de l’essayiste Christian Salmon, n’est un grand secret pour personne. Mais à la suite des  riches échanges survenus lors de cette session « d’ Explorateurs » – avec des startup, chercheurs, ingénieurs du son,  chefs d’orchestre et autres acteurs innovant de la musique, le constat surgit brutalement :

« Qu’attend donc le design en France pour se réveiller ? Que se passe-t’il dans ce domaine pour qu’il aparaisse aussi apathique et peu fertile face à des acteurs du milieu la musique, à la fois créatifs et innovants?

 

Des explications existent sûrement. L’une d’entre elles nous paraît assez évidente : tous les projets exposés lors de cette rencontre parlaient d’expériences et de créations.

Expérience, car aucun de ces intervenants ne se préoccupait en premier lieu du « comment? », mais tous du « pour faire quoi? » Fi des métiers ou des spécialités des uns ou des autres, des technologies ou des instruments, ce qui compte c’est l’autre, celui qui reçoit la musique et ce qu’on va lui faire vivre.

Créations car chacun de ces acteurs à insisté sur la nécessité de transmettre des rendus de grande qualité : une œuvre originale, une partition, un enregistrement,  une interprétation.

Et c’est là que pourrait peut-être apparaître par analogie une réponse à notre étonnement :

« Pas de véritables expériences possibles sans une véritable création à interpréter. »

Dans l’univers des entreprises régulièrement touchées par le design, les contenus créatifs proposés sont le plus souvent faibles. En effet un fabricant de chaises, d’accessoires de sport ou de drones, employant des centaines de personnes n’offre pas la même puissance de création qu’un Mozart ou un Boulez à lui tout seul. C’est la puissance d’imaginaire transmise par les œuvres.

 

Les « contenus créatifs » produits par les entreprises étant devenus souvent peu attrayants, à force d’injonction à l’innovation immédiate, à courte vue, l’intervention du design s’en ressent et s’en contente. C’est un affaiblissement de toutes parts, pour le design, pour les projets et pour les entreprises.

Tout ceci renforce notre conviction : nous devons toujours rester exigeants dans les phases d’enrichissement des cahiers des charges, au moment  où nous allons débusquer l’essence même des contenus créatifs de nos clients, qui souvent sont passés d’un imaginaire original avant de se transformer  en une pâle interprétation dont on aurait même perdu la partition.

Il nous faut transformer cette création grâce au design en une expérience totale pour l’usager qui n’a en fait  que faire de savoir s’il s’agit de design industriel, numérique, de service, etc.

 

Par exemple pour ces jeunes pousses de l’univers musical, l’apport du design est clairement d’élargir le champs de l’expérience et de ne pas se laisser enfermer dans sa zone de confort, forcément limitative pour la richesse des nouveaux usages recherchés. Savoir sortir du tout objet ou du tout numérique, écrire grâce au design une expérience fluide et qui sait évoluer entre spectacle vivant et outils numériques, mais aussi se renouveler.

Il faudra peut être que des acteurs de la musique lancent  des startup qui auraient dues être initiées par des designers, ou créent des expériences uniques qui auraient pu être inventées par des designers pour que notre cher univers se réveille.

Nous avons pourtant la conviction que le design tel que nous l’envisageons et le pratiquons est bien le domaine qui possède de très nombreux atouts pour explorer, et connecter toutes les dimensions d’une société.

Publié par - 20 mai 2016
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