Design universel : défi ou utopie ?

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Publié par - 5 février 2016
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Pouvez-vous définir en quelques mots ce qu’on entend par design universel ?

 

Il s’agit d’une approche extrêmement empathique du design, c’est à dire concevoir un objet pour que sa fonction se révèle d’elle-même et qu’il soit susceptible d’être accessible au plus grand nombre, quelles que soient les capacités, l’âge ou la culture des utilisateurs. Il s’agit à la fois d’une approche de style et d’ergonomie : concevoir « l’objet – notice ». Trouver un juste équilibre entre un design de forme, moderne, innovant et un design fonctionnel pas toujours assez esthétique.

 

Quelques exemples frappants de ces objets?

 

On pense bien entendu à Apple dont l’iphone a véritablement tué l’idée de notice explicative, et dont les produits révèlent d’eux même leur essence.

Toujours dans la téléphonie on peut aussi citer la marque Doro, spécialisée dans les téléphones pour séniors, pour qui un téléphone doit permettre avant tout l’essentiel : téléphoner sans difficultés.

On peut aussi évoquer la société Oxo qui commercialise une gamme d’ustensiles de cuisine à la fois ludiques et pratiques.

 

Quelles sont les limites à cette approche ?

 

Il y a tout d’abord des limites inhérentes à l’humain lui même qui est un être social façonné par des cultures différentes et des habitus :

Par exemple au Japon, l’extérieur, les hiérarchies sociales sont plus importantes que l’individu lui-même. Cela se traduit jusque dans l’utilisation des outils :

– les dents des scies japonaises sont inversées par rapport aux scies occidentales : les japonais attaquent la matière en tirant une scie vers eux et non en la poussant.

 

Il y a aussi le lourd héritage des habitudes : On peut citer l’agencement des lettres des claviers d’ordinateurs qui est toujours le même que celui des premières machines à écrire mécaniques, alors qu’aujourd’hui les claviers fonctionnent grâce à des impulsions électriques… Ces premières dispositions avaient été conçues pour éviter l’enchevêtrement des batonnets de frappe lors de l’écriture de certains mots… elle n’a plus lieu d’être aujourd’hui mais les nouvelles générations qui n’ont jamais connu les machines à écrire continuent à utiliser des claviers disposés de cette manière là.

 

Enfin il ya des limites posées par les entreprises elles–même et les process de fabrication. Curieusement il est toujours plus difficile et laborieux de faire simple. Cela demande une grande exigence à tous les niveaux.

Par exemple, prenons les boites au lettre de la Poste qui comportent plusieurs fentes : c’est à l’usager finalement de faire une partie du travail et de trier le courrier en fonction des destinations … De même l’écriture du code postal sur une enveloppe ! Une adresse pourrait en 2015 comporter uniquement le numéro de la rue et le nom de la commune.

 

Comment se manifeste cette approche dans votre propre pratique professionelle ?

 

Chez Sismo, nous tendons nous aussi à la recherche de  l’essentiel. Notre approche relève à la fois d’une complicité d’intelligence entre les différentes parties impliquées dans la conception d’un objet et aussi de notre volonté de « dessiner avec une gomme ».

Par exemple en travaillant pour Lesieur et le milieu de la grande distribution,  en concevant des petites bouteilles d’huile rares, empilables , nous avions 20 secondes à peu près pour convaincre une éventuel acheteur.

 

20 secondes pour signifier au client du supermarché qui se promène entre 2 linéaires : « Vous pouvez tester des huiles nouvelles, des goûts nouveaux en toute sécurité : elles sont vendues en petites quantités donc si vous ne les aimez pas, il ne vous restera pas un litre entier sur les bras, et d’autre part vous pouvez même en essayer plusieurs, parce qu’en les empilant, elle ne prendront pas de place et ne viendront pas encombrez vos placards..

20 secondes pour être compris, accessibles, utilisables par le plus grand nombre…

 

Design universel : défi ou utopie ?

 

Musée des arts et métiers, de 18h30 à 20h

 

Avec la participation de :

  •  Jérôme Arnaud, président de la société Doro et président de la Silver Valley
  •  Frédéric Lecourt, designer et cofondateur de l’agence Sismo
  •  Clémence Martin, anthropologue et ergonome indépendante, chercheur associé au laboratoire d’éco-anthropologie et ethnobiologie (CNRS/MNHN/Univ. Paris Diderot)

Table ronde animée par Daniel Fiévet et suivie d’une visite de l’exposition Invention/Design. Regards croisés.

Publié par - 5 février 2016
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