Conversion* pour des designers actifs

Publié par - 26 août 2014
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Le design est souvent présenté comme un métier de passions. Passions des formes, des styles, des nouvelles technologies, des usages, des époques, etc. Le design est d’ailleurs souvent enseigné comme « un métier de passions ». Dés qu’il y a une partie créative, vraisemblablement la passion se doit d’être là. Animant le designer et sa créativité, soufflant sur les braises de son talent, le foudroyant d’idées géniales. Ceci est une image. Fausse.

Tout au contraire notre travail de designers est de s’abstraire au mieux des passions. Ce n’est pas très glamour de dire ça, mais bon, le mot passion ne l’oublions pas a la même racine que… passif. On peut laisser sa créativité faire feu de tout bois, se laisser inspirer de tout ce qui vient peser de l’extérieur (ce qu’on pourrait appeler la tendance). On peut aussi choisir d’être actif dans la maîtrise de ce qui va servir de ressource et de matière à la création. Choisir en conscience, cela demande une conversion du designer et de son commanditaire. Car comme le designer, si le commanditaire reste à la merci de sa passion, il recherchera l’effet Waouuu, privilégiera le « j’aime-j’aime pas ». Alors comment passer de la passion à l’action? C’est cette conversion que nous vous partageons ici.

Premier temps : prendre conscience qu’il n’y a pas de bon design sans autonomie du designer. Si vous avez besoin d’un designer qui vous dessine une lampe bleu, en fait vous avez besoin d’un styliste. L’autonomie du designer est sa garantie de faire se croiser des choix pertinents, d’ouvrir les bonnes fenêtres d’innovation, de créer de bons liens internes et externes, et de créer les contextes attendus à des créations adaptées et ambitieuses. Autonomie ne veut pas dire liberté débridée et inconscience, autonomie est ici la capacité à faire partager des convictions critiques (constructives), raisonnées, et créatives.

Second temps : accepter la réciprocité de ce premier point, il n’y a pas de bon design sans autonomie du client. Acheter du design est aussi un acte de conviction qui demande de l’autonomie par rapport à ce que l’on pense de son marché, de ce que l’on peut faire évoluer de son process, ou de l’organisation dans laquelle on évolue. Cette autonomie du client représente également la reconnaissance par le designer de la capacité créative du client dans son domaine. Il n’utilise pas les mêmes outils de représentation, mais a le même cerveau.

Et troisième temps : être d’un indéboulonnable enthousiasme sur ce que peut « devenir le monde »… de son commanditaire. Et ce que peut amener le design à ce monde. Solutions humaines ou mécaniques, sociales ou économiques, culturelles ou stylistiques, politiques ou réglementaires, etc. Projeter le préférable d’une situation, c’est la réalité du designer, qui se doit de croire au « préférable » plus qu’à toutes autres démonstrations visuelles. Sans se faire forcément et à chaque coup inventeur ou révolutionnaire, notre enthousiasme est le reflet de notre capacité à suggérer vos mondes en devenir.

Ce passage à l’action est un travail, que l’on peut appeler expérience ou conviction, il permet un résultat créatif qui ne se dément jamais : la pérennité. Car comme on le sait, la passion, elle, ne l’est pas. L’action, si.
*Sur le thème de la conversion vers le préférable, relire quelques écrits du philosophe Robert Misrahi. Ou pour les réfractaires à la philosophie, son autobiographie La nacre et le rocher.

Publié par - 26 août 2014
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